Jan Dismas Zelenka – Sonata In G Minor, ZWV 181 No 4 – Collegium 1704

Après un premier opus mettant à l’honneur la messe de Saint Xavier de Jan Dismas Zelenka, le Collegium 1704 livre ici une interprétation des six sonates pour Hautbois et Basson qu’a composé le tchèque. Une musique de chambre redécouverte, comme l’ensemble de son œuvre, au milieu du XXème siècle. L’écoute de ces sonates suscite toujours l’émotion liée en partie à la virtuosité imposée par l’écriture Zelenka.

Jan Dismas ZELENKA (1679-1745) – Sonates ZWV 181 – Collegium 1704 paru le 12 Mai 2017 chez Accent.

Les Witches – Mr Lane’s Maggott

Mr Lane’s Maggott extrait de l’album Nobody’s Jig des Witches, paru en 2002 sur le label Alpha. Interprétation de danses paru dans The English Dancing Master de John Playford paru en 1651.

Aparte – Violaine Cochard & Edouard Ferlet

Aparte (à partir du prélude du clavier bien tempéré), extrait de l’album Bach Plucked / Unplucked du duo Edouard Ferlet, Violaine Cochard, duo piano – clavecin parcourant le continent Bach sous une forme inédite. L’alliance de deux timbres, l’alliance de deux cultures musicales. Des racines du baroque, à celles du Jazz, le tout propulsé par l’énergie à 20 doigts des deux artistes!

Programmés au festival Musique au Présent 2016 dans la cour de la Madeleine du Palais des Archevêque de Narbonne ces derniers avaient offert au public un bœuf en compagnie d’Etienne Lecomte et Thierry Gomar pour la clôture du festival.

A retrouver dans les bacs du Percolateur à l’occasion de la fête de la musique dans la cour du conservatoire du Grand Narbonne, à partir de 13h.

Bach Plucked / Unplucked, d’Edouard Ferlet & Violaine Cochard paru le 27 Novembre 2017 sur le label Alpha.

 

Ondatrópica – Hummingbird

La Ondatrópica menée par Quantic, le DJ et producteur Will Holland, et Mario Gaelano, vient de donner naissance à un nouvel objet musical, Baile Bucanero. Une immersion dans la musique de Providence, île colombienne, bout de terre perdus au large du Nicaragua. Encore un projet menant à bien l’émancipation des musiques du bassin caribéen laissant s’inviter une lutherie variée, des percussions traditionnelles, aux cuivres, en passant par l’incursion de lutheries électroniques. Les voix de Nidia Gongora, Michi Sarmientos et Markitos Mikolta, timbres intemporels, donnent à cet album le ticket supplémentaire pour partir en voyage avec Ondatropica à Providence.

Ondatrópica – Baile Bucanero – Paru le 17 Février 2017 sur le label Soudway Records.

Et bien chantez maintenant !

Que sont nos chansons devenues ? Drôle de question ! Qu’elles viennent d’Occitanie ou de Normandie, elles sont devenues au fil des siècles notre patrimoine commun… Mais bien souvent en perdant, dans la transmission orale, une partie de leur caractère.

D’où l’idée d’aller chercher d’où elles viennent pour découvrir parfois l’histoire de nos régions par le petit bout de la lorgnette. Et également pour comprendre comment elles ont marqué l’histoire de la musique quand les compositeurs se sont emparés de ce répertoire « oral » pour l’inscrire dans un répertoire écrit mais pas figé.

Qui n’a pas dansé avec ses enfants sur l’air de « Jean petit qui danse » ? Mais les parents savent-ils que cette chanson occitane (Joan Petit que dança) raconte les tourments d’un chirurgien qui, à Villefranche de Rouergue, prit la tête des révoltes paysannes sous Louis XIV et fut châtié de manière plus douloureuse que ne le laisse croire aujourd’hui la chanson enfantine !

Les Tri Yan ont certes propulsé au Hit parade  Le loup, le renard et la belette, mais ils ont oublié de préciser que la chanson a, de Bourgogne (où la belette était un lièvre !), traversé la France avant de s’arrimer aux côtes bretonnes. Et ne plus être qu’un air à danser, ayant perdu en chemin son souffle parodique.

Si les peurs et les pleurs d’Une jeune fillette ont conquis le talent de Jehan Chardavoine à la fin du XVIe siècle, la complainte a acquis avec le compositeur ses lettres de noblesse en même temps qu’elle s’est fixée dans la mémoire collective.

Ecouter « nos » chansons dans leurs habits les plus anciens connus (ne disons pas « d’origine », car bien souvent les structures poétiques et les timbres – c’est-à-dire les mélodies – affirment sans que l’on puisse le prouver qu’elles viennent de plus loin) est une expérience passionnante.

De Malbrough s’en va-t-en guerre à La Pernette se lève, de Jean Petit qui danse à La Blanche biche, deux CD du Poème Harmonique dirigé par Vincent Dumestre permettent de plonger avec délices dans ces répertoires que tout le monde chante ou a chanté mais que l’on connait si mal… C’est ici interprété avec une belle attention au souffle populaire qui les a vues naître mais mâtinée d’une noblesse de ton qui enchante.

François Camper

Aux Marches du Palais, avec Claire Lefillâtre, Serge Goubioud et Marco Horvat (chant). 1 CD « Les chants de la terre » Alpha 500.

Plaisirs d’amour, avec Claire Lefillâtre, Brice Dusuit et Isabelle Druet (chant). 1 CD « Les chants de la terre » Alpha 513.

Et pour le plaisir de l’écoute, cette vibrante et glaçante complainte d’un amant découvrant a perte de sa bien-aimée, Quand je menais mes chevaux boire, Par le Poème Harmonique dans un premier temps, et par Malicorne dans la seconde capsule. Malicorne, où le témoignage d’une époque pas si lointaine ou le folk passait aussi à la radio!

La musique plaisir – Bach se déguste aussi autour d’un bon café

Extraits à gauche de drinkingcup.net (The Story of Coffee House Part 2), à droite du Centre de Musique de Chambre (Bach and Breakfast). Liens à la fin de l’article.

La musique est un art savant, certes, mais aussi un divertissement et elle sait s’amuser et faire rire et sourire. Qu’elle évoque grivoiseries, plaisirs de boire, ou addictions caféinées, elle témoigne de son époque, et porte le plaisir comme adjectif.

Certaines chansons de la Renaissance  jouent plus sur le contrepet qu’elles ne magnifient l’art du contrepoint ! Ecoutez « A Paris su’l petit pont » de Pierre Guédron avec son refrain coquin « Le Pont du coil, le coil du Pont » ! (Ensemble  La Maurache dirigé par Julien Skowron – Arion)

Les musiciens baroques sauront aussi se détendre en jouant sur les mots et les situations. Dans ce concert un peu en marge des grandes œuvres, le vin n’a pas manqué de titiller le talent des plus grands compositeurs comme des petits maîtres. Les « Airs à boire » de Philippe Courbois (actif entre 1705 et 1730) sont à peine plus délicats dans l’expression musicale que dans le support poétique, mais ils ont un charme inattendu et décalé au début du XVIIIe siècle. (Ensemble Almasis, dirigé par Iakovos Pappas – Arion)

Mais finalement, dans le registre humoristique et théâtral, il est de vrais chefs-d’œuvre. Le grand Jean-Sébastien Bach témoigne de l’engouement que le café connaît en Europe au cours du XVIIIème siècle avec sa Cantate BWV 211 dite « Cantate du Café » qui raille (seulement un peu !) la véritable addiction de ses contemporains pour le petit noir. La musique est pétillante et dans un style inhabituel chez le Cantor et la cantate dut avoir beaucoup de succès lorsqu’elle fut jouée pour la première fois au  Café Zimmerman de Leipzig, lieu de rencontre des zélateurs du café.

Et les paroles du poème de Picander, traité comme un petit opéra, pourraient être servis de leitmotiv à chaque  extraction ou infusion de café.

Ah ! comme le café a bon goût !
Plus agréable que mille baisers,
Plus doux qu’un vin de muscat.
Un café, je dois avoir avoir un café,
Et si quelqu’un veut me faire plaisir, 
Ah ! qu’il me donne juste un café !

(Air de Liesgen au début de la cantate)

A déguster avec Ton Koopman, l’orchestre baroque d’Amsterdam, Anne Grimm (soprano), Paul Agnew (ténor) et Klauss Maertens (basse).  1CD Antoine Marchand (Challenge classics) CC72280. Enregistré en 2007.

La Cantate du Café est une œuvre de concert, mais elle est souvent « mise en scène » comme ici avec Ton Koopman :

François Camper

Ressources complémentaires :

Jean Sebastien Bach, La Cantate du Café : une géographie du café sur Geographica.net

Story of Coffee House. Histoire des maisons de café au XVIIIème siècle en Angleterre

L’espiéglerie se prolonge avec cette affiche du Centre de Musique de Chambre de Paris pour leurs Dimanches « Bach and BreakFast ».

 

 

 

Domenico Scarlatti – Scott Ross – Trois Sonates pour orgue

Un voyage dans le temps et dans l’espace avec cette interprétation des trois sonates pour clavier, K 288, K 287 et K 328 de Domenico Scarlatti par Scott Ross. Ce franco-américain claveciniste et organiste a dédié sa courte vie à l’interprétation d’œuvres baroques, de Bach à Couperin en passant par Domenico Scarlatti. Amoureux du Languedoc, il vécut dans la région montpelliéraine, à Assas, où réside un clavecin du XVIIIème siècle sans pareil. Il interprète ici trois sonates sur l’orgue de Jean-Pierre Cavaillé de Saint-Guilhem-Le-Désert, pièce organistique incontournable de l’Hérault datant de 1789.

Coffret intégrale des Sonates pour clavier paru le 26 Mai 2014 sur le label ERATO.

Retour sur la vie intrépide de Scott Ross par Télérama

Juifs et Trouvères – Chansons juives du XIIIe siècle en ancien français et hébreu

Un passionnant et déroutant enregistrement que ce dernier opus de l’ensemble Alla Francesca, Juifs et Trouvères. Brigitte Lesne et ses amis nous invitent à la découverte du répertoire poétique et musical des communautés juives de langue d’oïl. Les répertoires des juifs séfarades (pour faire court, de l’Europe du sud) sont connus et explorés depuis de nombreuses années. Pas celui des Juifs du Nord !

A l’aube du XVe siècle, leur expulsion du Royaume de France, étouffera tout un pan de cette culture musicale et poétique. Retrouver ce qui fait partie intégrante de ce qui est aussi « notre » patrimoine n’a pas été simple. Paléographes et musiciens se sont penchés sur des documents écrits par eux-mêmes remarquables : les poèmes, hymnes, prières sont écrits en hébreu et traduits en langue d’oïl mais transcrits dans l’alphabet hébraïque ! Les poètes sont souvent connus et si les musiques sont absentes, on sait qu’elles étaient puisées dans le répertoire existant selon la technique du contrefactum (on utilise la mélodie d’une autre chanson souvent très connue).

16 octobre 2015 – Musiques en Pic Saint-Loup – Photo : Bruno Garcia – de gauche à droite : Vivabiancaluna Biffi, Brigitte Lesne, Michaël Grébil, Pierre Hamon

Deux des chants de cet enregistrement portaient en incipit la chanson dont la mélodie servait de partition. Pour le reste il a fallu rechercher celles qui s’adaptaient le mieux à la prosodie. Un travail passionnant pour les musiciens, mais aussi pour les auditeurs qui, pour peu qu’ils soient familiers du répertoire des trouvères et troubadours, seront interpellés par la « fusion » artistique des communautés juives et chrétiennes (les quelques plages consacrées aux trouvères en sont in fine l’illustration !). Et cela, malgré les menaces et difficultés constantes que subiront les Juifs dès le XIe siècle et qui aboutiront à leur expulsion générale du Royaume en 1394.

Alla Francesca – qui, autour de Brigitte Lesne et de Pierre Hamon notamment,  est l’un des meilleurs ensembles actuels de musique médiévale – a bâti un programme vraiment remarquable sur une thématique originale qu’il est impératif de découvrir.

François Camper

 

L’extrait : Roi de Poer, poème pour le nouvel an en langue d’oïl, sur une mélodie de Gace Brulé, trouvère champenois des XIIe-XIIIe siècles

Juifs et Trouvères par l’ensemble Alla Francesca paru le 24 Novembre 2014 sur le label Buda Musique avec le concours de l’Institut européen des musiques juives.

The Western Wynde – John Taverner – Andrew Parrott

Si la « messe parodie », construite sur des mélodies profanes est un exercice assez courant sur le continent (Lassus, Desprez, Palestrina…) c’est une pratique quasi inexistante dans l’Angleterre dès la Renaissance.  D’où l’intérêt de cette messe à 4 voix de John Taverner (v 1490-1545), la toute première.

On retrouve la mélodie de la chanson « Western Wynde » citée pas moins de 9 fois dans le cours de la messe. Le jeu du mélomane consiste à en traquer l’apparition au fil des pièces et ainsi de s’imprégner de la grande unité de l’ensemble. Petite particularité des messes de Taverner, elles ne comportent pas de Kyrie polyphonique. Andrew Parrot, avec son Taverner choir and players a choisi d’en insérer un en plain-chant. Ce n’était pas indispensable mais souligne la luxuriance de la polyphonie.
L’intérêt de l’enregistrement tient également dans l’adjonction de pièces composées pour la cour d’Henry VIII par Cornish, Aston et le souverain lui-même. Une succession de plages très diverses aussi bien dans le ton que dans l’inspiration.

Au fait que raconte la chanson Western Wynde ?

« Vent d'ouest, souffle quand tu voudras !
La pluie peut bien tomber en fines gouttes.
Ciel ! si seulement mon amour était dans mes bras,
Et si j'étais à nouveau étendu sur ma couche ! »

Sans doute pas adapté à une célébration religieuse (les messes-parodie furent en principe bannies par le Concile de Trente mais perdurèrent pendant des années) mais mélodiquement très frais.

Western Wind. Messe par John Taverner & œuvres pour la cour d’Henry VIII. Paru le 25 Mars 2016 sur le label Avie Records.

F. CAMPER